La fresque participative à Lorient : un phénomène collectif, mais des artistes biens réels !

Depuis quelques années, dès qu’on traverse le centre-ville de Lorient, impossible de manquer les murs colorés qui racontent la ville autrement. Des quais de la Scorff au parvis de la gare, en passant par les ruelles qu’on croyait connaître, de grandes fresques font leur apparition, souvent réalisées main dans la main avec les habitants. Mais qui sont les artistes qui orchestrent tout cela ? Quels noms se cachent derrière ces œuvres à plusieurs pinceaux ? Quels styles amènent-ils dans la ville, et comment réussissent-ils, chaque fois, à embarquer les Lorientais dans l’aventure ? Voici un tour d’horizon pour mettre en lumière les principaux artistes de la scène des fresques participatives à Lorient, avec quelques infos qu’on ne trouve pas toujours sur les panneaux.


Les piliers du mouvement muraliste participatif à Lorient

Impossible de parler des fresques participatives à Lorient sans évoquer quelques noms qui reviennent souvent, que ce soit sur les murs ou dans les réunions d’associations. Voici une sélection d’artistes qui ont marqué le centre-ville ces dernières années :

  • Lélé Avel – une figure locale du street art
  • Joël Grondin – le chef d’orchestre des grands murs collaboratifs
  • Sylvia Langlais – l’art du collectif au féminin
  • Tito&Toto – le duo pour qui la participation, c’est un jeu d’enfant
  • Nath Most – l’engagée de la couleur et du dialogue social

Lélé Avel, alias le marin du bitume

Fils de pêcheur, Lélé Avel (son pseudo signifie « vent » en breton) a commencé par bomber des poissons sur les murs de Keryado avant d’embarquer dans les grands projets de fresques participatives, notamment celles de la rue Paul Bert et du parc Chevassu (Source : Ouest-France, édition Lorient, 2022). Sa marque : il fait toujours dessiner une partie de la fresque aux enfants du quartier, pour ramener « un morceau d’enfance dans les souvenirs muraux de la ville ». On lui doit aussi la fameuse fresque du marché de Merville, réalisée en plein air, pinceau à la main pour les plus jeunes, à la bombe pour les plus grands.

Joël Grondin, la fresque comme vallée des histoires

Joël Grondin, c’est le gars qu’on appelle dès qu’il faut organiser un projet XXL avec des habitants de tout âge. Ancien prof d’arts plastiques, il anime depuis 10 ans les ateliers de la Maison de Quartier du centre-ville. Sa spécialité : construire un imaginaire collectif avec les participants, souvent à partir du patrimoine local. Exemple frappant : la fresque de la place Alsace-Lorraine, où plus de 100 volontaires se sont relayés sur une semaine entière. Joël privilégie l’acrylique au rouleau pour permettre à chacun de trouver sa place, même les novices. Anecdote : lors d’un projet en 2021, des seniors ont proposé d’ajouter des citations bretonnes en filigrane, astuce qui est depuis devenue un clin d’œil récurrent dans ses œuvres (Morbihan.fr).

Sylvia Langlais, ou l’art de broder le lien social

Éducatrice spécialisée de formation, Sylvia Langlais revendique une approche inclusive à chaque étape. En 2023, on lui doit la fresque du carrefour du Faouëdic et celle, très remarquée, du parvis de la Cité Allende. Son process : elle commence toujours par une période d’écoute auprès des habitants, puis propose des croquis préparatoires collectifs, avant de passer à la réalisation. Sylvia travaille en majorité avec les écoles primaires et les maisons de retraite, pour offrir une fresque où chaque génération laisse une trace. Selon elle, « chaque projet est une sorte de carnet de ville ouvert à tous » (Courrier Bretagne).

Tito&Toto, le duo qui met la couleur dans les cours de récré

Tito&Toto, c’est le binôme bien connu des écoles et des centres sociaux de Lorient. Eux, leur spécialité, c’est d’inventer des concepts ludiques pour que même les plus timides posent leur empreinte. Leur grand chantier : la fresque de la halte garderie municipale, peinte à coups d’éponges, de mains trempées dans des couleurs vives… et de rigolades. Leur fil rouge : chaque fresque participative se termine par une grande photo de groupe devant le mur fraîchement terminé, « pour immortaliser l’effort collectif sur Instagram et dans les albums photo de famille » (Interview Le Télégramme 2023).

Nath Most, le message avant tout

Militante associative, Nath Most met de la revendication dans chacune de ses fresques, y compris les fresques participatives du centre-ville. En 2022, elle a piloté un projet autour de la diversité culturelle dans le tunnel piéton de la gare. Elle propose toujours des ateliers de préparation autour de l’écriture (slogans, poèmes, etc.), pour que la fresque soit aussi un espace d’expression des habitants. Elle privilégie l’utilisation de couleurs franches, et refuse les thèmes déjà vus. Un de ses credos : « une fresque participative doit donner la parole à ceux qui la feront ». On lui doit l’inscription éphémère (à la craie, pour faire réagir) « Lorient, ville ouverte » avant la peinture finale, qui a provoqué beaucoup de discussions sur place (Université Bretagne Sud – Actualités, 2022).


Des fresques nées d’une palette d’inspirations et de techniques

Participatif ne veut pas dire bricolage : chaque fresque et chaque artiste amène sa méthode, ses astuces et un bout de sa personnalité. Voici un mini-tableau pour illustrer les approches les plus courantes dans les fresques participatives du centre-ville :

Artiste Technique privilégiée Sujets récurrents Outils participatifs
Lélé Avel Bombe, acrylique Mer, faune marine, enfance Ateliers de dessins d’enfants
Joël Grondin Acrylique, collage Patrimoine, mémoire locale Récolte de témoignages, création collective
Sylvia Langlais Pinceau, pochoir Lien social, intergénérationnel Pré-croquis collectifs, rencontres intergénérationnelles
Tito&Toto Main, éponge, stickers Imaginaire enfantin Jeux d’empreintes, photo de groupe
Nath Most Acrylique, craie Engagement citoyen, diversité Ateliers d’écriture, slogans collectifs

Lorient, une ville qui mise sur l'art collectif : chiffres et tendances

Qu’on soit amateur de street art ou simple passant, difficile de ne pas être interpellé par la multiplication des fresques dans le centre-ville de Lorient. Et les chiffres parlent :

  • Entre 2019 et 2023, le nombre de fresques participatives recensées par la Ville de Lorient est passé de 3 à 18 (source : Service Culturel – Ville de Lorient, 2023)
  • Plus de 650 habitants ont déjà participé, rien que sur les projets référencés au centre-ville.
  • En moyenne, une fresque participative mobilise entre 30 et 60 personnes sur une ou deux journées (source : associations Zone d’Art Libre et Color’Itinérant, entretiens 2023)
  • Côté budget, les projets participatifs sont financés en majorité par la Ville, parfois avec le soutien d’associations ou de bailleurs sociaux. On estime le coût d’une grande fresque (surface supérieure à 30 m²) entre 4 000 € et 8 000 €, matériel et organisation inclus.

Ce genre de fresque, c’est donc bien plus que de la déco de mur : c’est un moteur de rencontres, un moyen de tisser du lien, et une vitrine de l’inventivité lorientaise.


Des anecdotes qui changent la vision de la fresque participative

  • En 2022, la fresque de la rue Carnot a été recouverte en 24h chrono, par plus de 50 volontaires… dont deux touristes allemands passés par hasard, qui ont fini par peindre un Triskell géant (Source : témoignages recueillis par l’association Les Couleurs du Passage).
  • Sur la fresque de la gare, certains motifs ont été peints en double par inadvertance. Plutôt que de les effacer, l’artiste a transformé ça en clin d’œil : aujourd’hui, chercher les « motifs jumeaux » est devenu un jeu pour les enfants du quartier.
  • Chaque fresque a son « carnet de bord » : une sorte de livre d’or où les participants peuvent laisser un message, une dédicace, ou même coller une photo. Certains de ces carnets sont exposés ponctuellement à la Médiathèque de Lorient.

Comment participer, et pourquoi c’est différent à chaque projet

Si l’envie de se lancer vous chatouille, sachez que presque chaque projet fait l’objet d’appels à volontaires, affichés sur les réseaux sociaux de la Ville, dans les maisons de quartier, ou même via Pôle Emploi (pour ceux qui souhaitent apprendre une technique du muralisme). Certains projets acceptent tout le monde, d’autres privilégient un public précis (enfants, familles, passants spontanés…). Les préparatifs sont généralement ouverts le weekend, mais il existe aussi des ateliers en semaine pour les groupes scolaires et les seniors.

  • À surveiller : la page Facebook « Lorient La Ville aux Fresques », et les comptes Instagram des artistes cités ci-dessus.
  • Contact direct possible : Ville de Lorient, rubrique culture.
  • Certains ateliers sont gratuits, d’autres demandent une inscription. Renseignez-vous auprès du Centre Social du quartier concerné.

Et si vous croisez un mur encore vierge ou une équipe en plein chantier : allez-y, il suffit parfois d’un coup de pinceau (ou d’éponge) pour faire partie, à votre tour, du paysage artistique de Lorient !


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